« La pureté : quelle merveille ! et quelle horreur ! »
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« La pureté : quelle merveille ! et quelle horreur ! »

Dimanche 24 juin 2018

Lectures : Marc 7,1-23

par le pasteur Jean-Marie de Bourqueney

 

Texte de la Prédication: 

« La pureté : quelle merveille ! et quelle horreur ! » 

Jean-Marie de Bourqueney

 

Quelle belle idée que la pureté !  En son nom, on a construit des cathédrales, parfois sur plusieurs siècles, c’est-à-dire au-delà de la vie des bâtisseurs. En son nom, les franciscains ont prêchée et pratiqué un retour à la simplicité. En son nom, de grands mystiques ont aspiré à une forme de fusion avec le divin. Régulièrement, des théologiens, des mouvements, des idées neuves nous ramènent à la pureté. Mais quelle horreur que la pureté !  En son nom, on a fait les croisades pour la purification de Jérusalem des musulmans. En son nom, on a pratiqué purification ethnique. En son nom aujourd’hui Daesh égorge et crucifie. La pureté est un concept magnifique et dangereux, qui nous mène vers le sublime ou vers l’abject. Pourquoi ?

Ce concept est au cœur de toutes les religions, et même de toutes les convictions, avec ou sans Dieu. C’est un concept charnière à partir duquel on maîtrise l’ensemble de la religion.

  1. Le « pur » est un être parfait, la quintessence de la religion : fusion avec le Christ, bouddhéité (éveil), transe mystique des derviches, etc… Peut-être que le judaïsme échappe à ce risque car chaque concept est en débat, par humilité du savoir humain par rapport à la volonté de Dieu, même si des intégristes fanatiques prétendent aujourd’hui définir la pureté d’une terre où les non juifs seraient par essence exclus… Tout le monde a ses fanatiques et ses imbéciles.
  2. Concept charnière car il touche en même temps le sens, la spiritualité, la foi et le domaine pratique éthique. Je suis pur dans ma relation à Dieu et je suis pur dans ma relation aux être humain. D’où la nécessité parfois d’une codification, par exemple dans le judaïsme les 613 mitzvoth. C’est donc un concept englobant, un système qui détermine mon identité, ma pratique et ma destinée.
  3. Le problème apparait immédiatement : comment définir cette pureté ? Et qui la définit ? Selon quels critères ? Ma pureté est-elle nécessairement la tienne ? C’est à cette question que le Jésus de l’évangile de Marc répond précisément. Voilà que ces hommes transgressent des règles de pureté. Ces règles sont apparemment éternelles et immuables. Mais Jésus va remettre en cause ce principe même d’une pureté que l’on peut définir et codifier à l’extrême.

Il propose une triple révolution :

  1. La pureté n’est pas à l’état de nature. Il n’y a pas de pureté en soi. Ce ne sont pas les aliments, les ablutions ou les choses qui sont purs ou impurs. C’est l’usage de ces choses… Si l’on respecte une règle c’est pour donner du sens à l’instant vécu et non pour appliquer sans réfléchir une règle qui nous procurerait automatiquement une forme de pureté. C’est l’usage des choses et non les choses qui sont purs. La nature n’est pas pure en elle-même. D’ailleurs cela ouvre une perspective sur nos réflexions sur l’écologie. La nature n’est pas pure en elle-même ; elle n’est pas un Eden à retrouver, ou à préserver comme un musée immuable. Il n’y a pas de salut dans la régression. La nature est vivante, faite de douceurs et de violences, d’équilibres et de déséquilibres. En revanche l’usage que l’on en a est pur ou impur : la pollution est un massacre, une forme d’impureté que l’être humain impose à la planète par la force.
  2. Puisque c’est l’usage et non la nature qui crée la pureté, Jésus déplace la pureté de la règle elle-même à l’intention. C’est mon intention qui peut être pure ou impure. On n’est pas loin de l’éthique de responsabilité, si chère aux protestants. Par exemple, l’argent n’est ni pur ni impur mais il est tel qu’on l’utilise pour le bien ou pour le mal. Cela signifie aussi que la pureté s’accompagne non pas d’une pure ritualité, mais d’un symbolisme et d’une nécessaire réflexion. La religion n’est plus un catalogue d’interdits ou d’obligations mais un questionnement permanent sur les actes de ma vie.
  3. Jésus pousse encore plus loin la révolution. Pour lui, le centre de la pureté ce sont les mots, la parole. En recentrant sur la parole prononcée, Jésus déplace l’idée même que l’on puisse définir de manière magistérielle, institutionnelle et dogmatique la pureté. Ma pureté est dans mes mots, ta pureté est dans tes mots. Je ne peux pas te définir une pureté qui s’imposerait à toi. En revanche je peux te dire que si tu fais ou dis telle ou telle chose, cela aura des conséquences, bonnes ou mauvaises.

On ne le dira jamais assez : le Jésus de l’évangile est loin des caricatures de la religion que nous avons parfois nous-même portées, loin en tout cas des caricatures que l’on fait aujourd’hui de la religion en s’en moquant, plus ou moins gentiment. Je prends l’exemple d’un scientifique sur France Info qui considérait que la religion était un catalogue de choses absurdes qui aiderait les plus faibles à vivre, ou un autre, il y a quelques mois dans le Monde, qui parlait de toute foi comme d’une croyance infantile au Père Noël. Ce sont de telles paroles qui sont impures car elles excluent, elles font preuve d’un complexe de supériorité, de mépris.

Nous voulons une Église pure, non pas parce que ses membres seraient une élite, non pas parce que ses rites et ses pratiques seraient meilleurs, mais une Église pure par sa manière d’accueillir, de témoigner, et d’amener chacun sur un chemin de réflexion, d’approfondissement du sens de la vie. Sur les pas de Jésus, on découvre un chemin de pureté, c’est-à-dire de profonde humanité reliée à cette intime présence de Dieu.

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