« Le jour d'après » Culte Pâques 2018

« Le jour d’après » Culte Pâques 2018

Culte du Dimanche 1er avril 2018

Culte Pâques 2018 – Temple Batignolles
Par le Pasteur Jean-Marie de Bourqueney

Eglise Protestante Unie de Paris-Batignolles

« Le jour d’après… »

Lecture biblique : Marc 16,1-8

=> Voir le reportage et le culte complet

 

Texte de la prédication

« Pâques, le jour d’après » (évangile de Marc, 1er avril 2018)

Pâques est-il un poisson d’avril ? Résolument oui, mais pas au sens d’une blague ou d’une information la plus absurde possible. Pendant plusieurs siècles, les chrétiens ont hésité entre deux symboles : la croix, qu’ils ont finalement choisie et le poisson. Car, en Grec, le mot ichtus est composé de cinq lettres qui forment les initiales de l’expression « Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur ». Or, à Pâques, les disciples vont comprendre que ce Jésus qu’ils ont suivi devient pour eux précisément ce fils de Dieu Sauveur.

Chaque étape des événements qui mènent à Pâques est à revivre symboliquement, comme une parabole de nos propres vies :

  • Le vendredi, c’est l’affirmation du chaos, du vide, de la volonté humaine de mort. L’homme a voulu tuer Dieu, tuer sa Parole, en tuant Jésus. L’homme a voulu provoquer le chaos
  • Le samedi, c’est le temps du silence, celui du retrait, de ce moment introspectif où l’on réalise.
  • Le dimanche flamboyant de Pâques est un temps de redépart, où l’on vide ses tombeaux de disgrâces et d’amertumes.

 

Chaos ! Qui ne l’a jamais connu ? Multiplicité… : mort, deuil, souffrance, échec, déceptions, mais aussi trahisons, ruptures, souffrances de la maladie, de la perte de raison, du sentiment d’être diminué… d’être atteint…

Face à tout cela, il y a une première posture, celle de la fatalité : lorsque l’on dit « inch’Allah » (musulmans et chrétiens arabophones…), ou « Dieu voulant » dans les Cévennes, ou encore leurs équivalents autour de la Méditerranée… Voilà ces femmes de l’évangile de Marc dans cette posture. Jésus est mort. On continue, dans le rite, dans la ritualité, dans l’habitude de ce « ce qui se fait » ; parce qu’il « faut le faire ». Ces femmes incarnent cette forme d’habitude qui s’installe dès que le chaos survient, cette manière en quelque sorte d’apprivoiser le chaos, de le contenir dans un « acceptable » qui nous insère dans une tradition de vie. Ces femmes, qui vont prendre peur et se taire dans un premier temps, ont eu tort, comme les disciples avant elles et comme tant de chrétiens après elles. Dieu n’est pas dans la destinée, dans la répétition éternelle d’un fatum qui ne fait que répéter les saisons et les cycles de vie. Dieu n’est pas dans une prédestination immobile. Si tel était le cas, nous pourrions juste adorer la nature et ses saisons, le soleil et ses cycles et les appeler Dieu. Mais selon la tradition biblique, cela s’appellerait de l’idolâtrie. Car oui, croire au simple destin des hommes, inéluctable est une forme d’idolâtrie. Dieu, celui de la Bible, et notamment celui de JC c’est le surgissement, l’imprévu par excellence, le casseur de fatalité. Dieu, c’est cette énergie absolue, ce dynamisme recréateur qui vient rompre l’inexorable, qui fait apparaître une liberté là on l’on ployait sous le joug du destin.

Pâques nous parle d’abord d’un homme, Jésus, qui est allé au bout de sa vie pour ce qu’il voulait incarner quelque chose de plus grand. Comme d’autres : nous allons commémorer le 4 avril les 50 ans de l’assassinat de Martin Luther. Ou encore Gandhi, ou Dom Elder Camara, ou récemment Arnaud Beltrame (ou Maximilien Kolbe) ou tant d’autres moins connus qui ont donné leur vie pour une cause plus grande que leur personne. Tous forcent notre admiration et notre respect. Ils sont et demeurent les symboles de ce que l’humain peut avoir de grand. Mais le christianisme vit à Pâques son virage, sa révolution. Il aurait pu devenir le club des commémorateurs d’un héros disparu, Jésus, mort pour la cause, comme on meurt pour la France, ou pour la liberté. Mais là, tout est changé, tout se fracasse, laisse place à l’inattendu. Le tombeau, où ces femmes, fidèles à leurs habitudes, vont procéder aux rites funéraires traditionnels, ce tombeau du héros disparu, est vide…

Alors qu’en dire ? Pâque nous parle de Jésus, bien sûr, mais il nous parle tout autant de nous, de nos tombeaux :

  • Remarquons la sobriété du récit d’un tombeau vide, sans récit de résurrection. Même si, plus tard d’autres évangiles, que nous n’avons pas retenus dans notre Bible, les apocryphes, vont raconter de manière fantastique comment Jésus est ressuscité…
  • Même le détail de la pierre (dans un récit aux mots précis, choisis). Cette pierre est ici le symbole de l’inéluctable, de ce qui pèse sur l’avenir, de ce qui est impossible, un peu comme on dit qu’il est impossible de faire évoluer le monde ou même chacune de nos vies. Oui c’est impossible pourtant, elles y vont, et…. Là… la pierre est roulée. L’inéluctable, la fatalité est désormais détruite.
  • Le chaos, celui dont on se console dans le rite, celui de la mort et du pieux souvenir, est fracassé sous les coups de boutoir de la liberté divine.

Car Pâques nous parle de Jésus, certes, mais il nous parle de nous. A chacun de nous il nous pose une question, comme un écho à la question centrale de l’évangile. Souvenez-vous « Qui dites-vous que je suis ? », souvenez-vous que c’est à vous de dire qui, POUR VOUS, est le Christ. Personne ne le dira à votre place. Personne ne vous imposera ce dogme, cette définition pour dire ce que, intimement, dans la foi, vous ressentez. Et là vous êtes, nous sommes faces à nos tombeaux, ceux nombreux qui jalonnent nos parcours de vies… Alors, que faire ? Comme ces femmes, embaumer nos chaos passés pour les commémorer à chaque anniversaire, ou bien repartir, comme elles finiront par le faire ?

Repartir !  Le chrétien est fondamentalement un « repartant ». Dans les autres religions ou culture, il existe toujours cet idée d’un « redépart » : dans le judaïsme, c’est Yom Kippour, chez les amérindiens, c’est le potlach, cette fête unique dans la vie d’un homme qui doit se dépouiller de tout pour repartir de presque zéro. Mais ici le christianisme affirme une conviction forte : les événements, nous pouvons les provoquer (en + comme en – , péché) ou les subir. Mais aucun événement n’aura le dernier mot. Regardons ce tombeau vide comme un pardon, comme une résilience, comme une saveur :

  • Un Pardon : vouloir tuer Dieu, sa Parole, portée et incarnée par cet homme, Jésus. Mais Dieu aura le dernier mot. Il reconstruit la relation. Le pardon n’est pas un effacement mais une reconstruction. C’est d’ailleurs, dans le récit des évangiles, le sens des apparitions (la relation continue, même autrement), de la Pentecôte (une relation par l’Esprit), mais aussi des épîtres de Paul… Ce n’est pas simplement : « on oublie, on recommence comme si de rien n’était » c’est « Le Christ continue à (re)vivre en chacun de nous comme un dynamisme qui ne cesse de nous redire que la relation entre l’être humain et Dieu n’est jamais définitivement rompue.
  • Une résilience : Cette forme de pardon est aussi une manière de reconstruire nos vies, malgré… tout ce qui peut arriver. Dieu nous dit : relève-toi (= ressuscite !). Repars. Ne reste pas là, assis, prostré dans la mémoire nostalgique de ce que le monde ou ta vie aurait pu être. Sois libre, redresse-toi. Ce que tu as reçu, ce que je te donne, tu peux à ton tour le donner. Ton objectif est d’être un témoin de vie, de cette création dynamique. Aujourd’hui, tu as un genou à terre, mais tu trouveras d’autres moyens d’être ce témoin.
  • Une saveur : Du coup, si je suis amené à ressusciter, à chaque instant de ma vie, sans attendre nécessairement un au-delà inconnu, chaque instant de ma vie prend une nouvelle saveur. Quel que soit mon parcours, ma culture, mon âge, mes moyens physiques qui diminuent avec la vieillesse, à chaque instant je suis témoin. A chaque instant je peux partager, donner, recevoir de cette parcelle de vie. Loin d’être jugé, une petite voix me dit : « tu es libre ! » comme le sous-titre du dernier livre de Raphaël Picon le disait, nous sommes tous appelés à vire un « sublime ordinaire », c’est-à-dire ancré dans chaque instant de nos jours.

Mes chers frères et sœurs, de cette grande famille de l’Église, du monde et de Batignolles, Pâques est notre force, notre énergie de vie, ce qui fait de nous des êtres humains libres, debout, fraternels. Il y aura encore des désillusions des Martin Luther King assassinés, des morts dans nos familles, des attentats et des meurtres, des déceptions et des trahisons, mais oui, vous serez plus fort que cela, car vous savez, non pas que Dieu vous « envoie des épreuves », mais que le Dieu de JC est présent jusque dans vos épreuves. Le Dieu de Pâques est le Dieu de la puissance de vie.

Alors je reprends ce livre sur mon bureau, le Courage d’être, l’un de plus beaux livres de l’histoire de la théologie, ce livre tant chéri et relu par Raphaël Picon dans les derniers mois de sa vie. Il se termine sur cette phrase : « Le courage d’être s’enracine dans le Dieu qui apparaît quand Dieu a disparu dans l’angoisse du doute. »

Pâques nous dit : Courage ! Tu es debout !

Jean-Marie de Bourqueney

 

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