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 » L’union fait la foi ! « 

Dimanche 29 avril 2018

 » L’union fait la foi ! « 

Lectures :1 Jean 3.18-24 ; Jean 15.1-8

par le pasteur Jean-Marie de Bourqueney

 

Texte de la Prédication: 

 » L’union fait la foi ! « 

1 Jean 3.18-24 ; Jean 15.1-8

Jean-Marie de Bourqueney

Doit-on dire « la » spiritualité ou « les » spiritualités ? La spiritualité est un mouvement intérieur qui appartient à tout être humain, avec ou sans Dieu (cf. Comte-Sponville spiritualité sans Dieu). Mais en même temps, on ne peut laisser ce mot au singulier tant la variété est grande des manières de vivre cette démarche. Alors parlons de spiritualités, au pluriel
On peut tout d’abord imager la démarche spirituelle :

  • C’est être comme un cycliste qui descend de son vélo pour se regarder pédaler. C’est se décaler pour comprendre son existence
  • C’est être comme un apnéiste des profondeurs. C’est se sentir limité et, en même temps, relié à des différences : être comme un poisson ;
  • C’est admirer le spectacle des cimes. Devant cette grandeur, on se sent dans le monde comme une poussière.

 

Dans ce discours de l’évangile de Jean, Jésus nous parle de spiritualité lorsqu’il évoque la vigne. Jésus emploie un langage issu de l’agriculture, comme souvent dans les paraboles et les discours. Mais, puisque cet évangile est le plus tardif, le symbole du vin est déjà développé dans le christianisme naissant. Mais notons au passage que ce discours est « encadré » par un discours sur la promesse de la venue de l’Esprit Saint, au ch 14, et d’un autre, au ch 16, sur les œuvres de l’Esprit. On est donc bien au cœur d’une réflexion sur la spiritualité avec l’Esprit Saint comme moteur et le Christ comme centre. Oui comme centre, car la particularité de ce discours est justement de dire que la spiritualité que propose Jésus n’est pas uniquement une introspection intime, le fait de se regarder le nombril, mais d’être en lien avec lui, le Christ, c’est-à-dire d’être en lien avec la Parole de Dieu que, lui, l’homme Jésus, porte et annonce. Si l’on ne fait que s’auto-regarder on devient un sarment qui sèche, une plante qui ne produit plus rien. Le christianisme ne veut pas définir une seule spiritualité, une forme d’uniformisation, mais l’évangile le principe fondateur des spiritualités chrétiennes : se mettre en lien avec cette Parole. L’union fait la foi !

 

Tentons une typologie des différentes formes de spiritualité, tout en sachant que nul n’est réductible à un seul type. Nous vivons, chacun, une pluralité des démarches, en fonction du contexte, de la culture ou de l’âge

 

1°) spiritualité de la « scrutation des textes fondateurs » 

  • 3 types de lecture : méditante, partagée (cultuelle), intellectuelle (théologique)
  • Même dans les « Bibles de chignon », que les femmes cachaient dans leurs cheveux, on retrouve toujours les évangiles et les psaumes ! Ces derniers ont sans doute un rôle éminent dans cette spiritualité typiquement protestante.

2°) spiritualité du silence

  • Nos sociétés laissent peu de place au silence, mais nos spiritualités personnelles peuvent souvent revêtir ce manteau de silence. Se taire au milieu d’un monde qui bavarde… mais en même temps se taire pas uniquement pour dormir, mais pour se relier au monde et se mettre à l’écoute de cette parole qui retentit.
  • Des mouvements, comme Taizé, la Fraternité des Veilleurs ou les sœurs de Pomeyrol y accordent une grande place. Théodore Monod vivait, dans ses pérégrinations au milieu du désert, une vraie et intense spiritualité du silence. Avant lui, un autre Monod, Wilfred, a de très belles pages ou prédications sur le silence. Faire silence en soi pour laisser à l’Autre sa place…
  • Nous vivons aussi cela parfois lors de visite à des personnes malades. Nous nous posons trop la question « qu’est-ce que je peux bien lui dire ? », alors que parfois il est préférable de laisser le silence (même s’il existe des silences lourds).

3°) spiritualité de la reconnaissance (louange)

  • Souvent liée à une dimension communautaire et plutôt heureuse
  • Dire « merci » au créateur ou à la création
  • Prise en compte des situations humaines et « montée vers Dieu »
  • Spiritualité joyeuse, chantante…
  • présente notamment dans les églises africaines

4°) spiritualité (semi) « mystique »

  • Relation avec un Dieu « personne » ; pleine fusion ou relation interpersonnelle
  • existe dans toutes les religions avec Dieu ; dans le christianisme relation avec JC (monachisme, grands mystiques)

5°) spiritualité de la nature

  • Le spectacle de la nature permet, pour certains, de vivre une véritable « expérience spirituelle ».
  • R. Bultmann parlait de « précompréhension ». La nature peut me donner une intuition du divin, un aperçu, une image, une évocation. Je me laisse alors porter, dans un second temps, par la « révélation » du divin.
  • Albert Schweitzer, avec le « respect de la vie », ou Wilfred Monod, dans son insistance sur le lien de l’humain et de la Création, nous invitent aussi à ce concert de nature.

6°) spiritualité de l’engagement

  • conviction que la foi impliquait le fait de s’engager au service du monde. Certains, comme Martin Luther King ou Dietrich Bonhoeffer, ont payé de leur vie, leur « rêve » d’une société plus juste.
  • l’engagement est, en lui-même, une spiritualité de l’incarnation. Dans cette perspective, je n’oppose pas le « Ciel » et la « Terre » mais je cherche à les faire se rejoindre dans un élan de justice.
  • Importance de l’œuvre diaconale humanitaire, sociale au sens large.

7°) spiritualité esthétique

  • Pour beaucoup, le « Beau » nous renvoie au Créateur. N’a-t-on pas souvent dit de Bach qu’il tutoyait les anges ?
  • Certains peintres protestants, comme Rembrandt, vivaient au travers de leurs pinceaux une vraie spiritualité de la profondeur, entre désespoir humain (Rembrandt fut envahi par des deuils successifs) et tendresse de Dieu. D’autres amateurs d’art trouvent dans la peinture une traduction de cette indicible profondeur.
  • L’art est, par essence, spirituel. Il est un appel à la transcendance. Il est un langage au-delà des mots. Il concilie en moi raison et émotion.

8°) spiritualité des relations humaines

  • Dans nos relations, nous rencontrons l’autre, image du grand Autre : l’humain a été créé à l’image de Dieu. Rencontrer l’humain, c’est alors s’approcher de Dieu, en se faisant le prochain de mes frères et sœurs humains.
  • Par exemple, le livre de Paul Tillich, Le courage d’être, est à la fois un ouvrage théologique et une formidable ouverture à une démarche spirituelle d’approfondissement de soi.
  • Derrière les mots, même futiles, ou même un rire partagé, c’est un face-à-face qui se joue, parabole d’un autre face-à-face…?

9°) spiritualité communautaire

  • Dans notre protestantisme, c’est l’individu qui prime. Mais l’Eglise est « l’assemblée des fidèles ». Le culte, ainsi que les autres activités, permettent de nourrir la foi
  • Il existe une grande diversité d’approches sur la compréhension de la vie communautaire.
  • Dans le culte, moment communautaire, la prédication n’est pas « pur » enseignement, académique. Elle prétend rejoindre la réalité vécue des auditeurs. Elle se veut au carrefour de la réflexion et de l’existence. Elle est une invitation à approfondir sa propre existence, à mieux décrypter le monde. En ce sens, elle est fondamentalement moment spirituel. Elle conjugue l’intellect et la convivialité.

10°) spiritualité du corps

  • Réinvestir, se réapproprier son corps, afin de laisser le souffle passer.
  • Type de spiritualité qui peut aussi être marqué par l’apport de techniques et de spiritualités orientales (yoga ou méditation zen par exemple).
  • Modèle sans doute en croissance dans notre époque. Avec peut-être le risque d’un autocentrement parfois excessif où l’on peut perdre cette notion à laquelle nous invite le Christ de Jean, une spiritualité en lien avec lui.

Se relier, tel est donc le mot qui nous fait aimer le monde, notre prochain comme nous-même. Chacun le vivra dans sa conviction, dans son parcours, dans sa situation. Et surtout ne nous enfermons pas dans une seule forme, mais écartons les bras pour accueillir la Parole, écartons les bras pour accueillir le monde. Comme le dit Laurent Gagnebin, « Joindre les mains, ce n’est pas se croiser les bras… Joindre les mains, c’est rejoindre les autres ».

 

 

 

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